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Aziza Brahim, au gré des ondes

À travers son nouvel album Mawja, la chanteuse sahraouie Aziza Brahim s’évade dans ses souvenirs et se laisse porter par leur évocation, en revenant aux instruments analogiques. Interview de cette artiste installée en Espagne, figure de proue de la culture d’un peuple en exil.

RFI Musique : Sur ce nouvel album, que vouliez-vous changer ou au contraire conserver, tant sur le fond que sur la forme, par rapport au précédent ?
Aziza Brahim :
 Il existe de nombreuses différences entre Mawja et Sahari. Pour commencer, sur Mawja, il n’y a aucune programmation électronique. C’est un retour aux chansons simples avec des instruments analogiques. C’était le premier problème de style que je voulais changer. Concernant le contenu, je pense que les chansons de Mawja sont plus personnelles, voire intimistes, même si elles abordent aussi des problématiques collectives.

L’expérience de l’exil était au cœur de Sahari en 2019. Cette fois, quelle ligne avez-vous suivie ?
En composant les chansons de Mawja, j’ai commencé à surmonter une profonde crise d’anxiété dont je souffrais depuis la préparation de mon précédent album. Cela a été aggravé par différentes expériences personnelles liées au Covid-19, à la situation politique de mon pays et au décès de ma grand-mère Ljadra Mint Mabrouk (poétesse sahraouie aussi appelée Al Khadra décédée en 2021 et dont certains textes étaient chantés par Aziza Brahim sur l’album Mabruk en 2012, ndlr).
Cependant, le point de départ de cet album, ce sont les ondes. Les ondes sonores qui voyagent à travers le globe transportant des informations, des sentiments, de l’énergie, le son des chansons. Les ondes des radios que j’écoutais, enfant, et qui m’apportaient des musiques du monde entier, mais aussi les ondes dessinées dans les sables du désert, le cycle de la vie et les ondes de la mémoire.

Que disent vos chansons ? Pouvez-vous nous en présenter quelques-unes ?
Il y a deux chansons dédiées à la mémoire de ma grand-mère Ljadra Mint Mabrouk. L’une d’elles est Duaa, une prière à sa mémoire éternelle. La seconde, Ljaima Likbira, est un hommage à la maison de mes grands-parents, où je suis née et où j’ai grandi. Dans ma culture, c’est le lieu des soins, de l’éducation, de la famille et de la vie quotidienne. Quant à Mawja, qui donne son nom à l’album, c’est l’évocation d’une chanson dans une autre chanson. Il s’agit du désir de l’auditeur de se connecter à la musique et à sa propre histoire à travers celle de quelqu’un d’autre. Cela fait référence à ce moment magique où vous allumez la radio et où la chanson que vous aimez commence à être jouée. Ça vous accompagne toute la journée, car ça vous rend heureux et vous donne la force d’avancer et de relever tous les défis du quotidien.

Quel genre de musique écoutez-vous, dans la vie de tous les jours ?
Un peu tous les styles. J’aime vraiment écouter la radio pour être au courant des nouveautés, de ce qui est différent. Au quotidien, il est rare que je n’écoute pas des artistes comme Big Mama Thornton, Ali Farka TouréTiken Jah Fakoly, Dimi Mint Abba, Jimi Hendrix, Buika, Nina Simone… Sans oublier mes groupes préférés, de tous les temps : Queen, Pink Floyd, The Clash !

Vous avez à nouveau convié à vos côtés le guitariste Malien Kalilou Sangaré, aussi appelé Kalildaf ou Vieux K Sangaré. Comment et à quelle époque l’avez-vous rencontré ?
Kalilou est un guitariste exceptionnel qui a un style très particulier. Je l’ai rencontré à Barcelone il y a de nombreuses années. Lorsque j’ai enregistré Soutak en 2014, il était le guitariste principal de mon groupe. Pour des raisons liées à sa vie personnelle, il s’est installé en France, car c’est là-bas qu’il a fondé une famille. Je l’ai appelé pour collaborer sur cet album, car j’aime le son qu’il apporte à ma musique : quand j’ai créé les chansons, j’ai tout de suite pensé à lui pour la guitare solo de Metal Madera et Marhabna 2.1.

Vous avez enregistré plusieurs featurings avec d’autres groupes, comme Rumbaristas, dont la musique est très différente de la vôtre. Qu’est-ce qui vous a attiré dans ces collaborations ?
Le groupe basque avec lequel j’ai le plus travaillé est Oreka TX, avec qui j’ai tourné pendant quelques années. Récemment, j’ai enregistré avec eux une version de Martxa baten lehen notak de Mikel Laboa. J’ai également eu le plaisir d’enregistrer la chanson Desio bat dut avec Eñaut Elorrieta, auteur-compositeur-interprète basque. Concernant Rumbaristas, je connaissais personnellement un des membres, Willy Fuego, qui est un musicien exceptionnel (et a participé à Sahari, ndlr). Il m’a contacté pour me proposer de collaborer avec eux et j’ai été ravie d’accepter. C’est vrai que leur musique est très différente de la mienne, mais j’aime beaucoup la rumba et j’avais envie d’essayer ce genre musical.

Aziza Brahim Mawja (Glitterbeat / Modulor) 2024
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