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Le maître de la rumba Héritier Watanabe en chemin vers la gloire !

Depuis son départ du célèbre orchestre Wenge Musica Maison Mère en 2015, l’un des héros contemporains de la rumba congolaise Héritier Watanabe, trace sa route en solo et sort aujourd’hui son troisième disque, sobrement intitulé Le chemin de la gloire. Un album 100% rumba, consacré à son thème de prédilection, l’amour, à l’exception d’un titre qui se penche sur la situation sociale de son pays…  

RFI Musique : Comment allez-vous, Héritier ?
Héritier Watanabe :
 Dieu nous fait grâce, ça va!

Vous croyez en Dieu ?
À mille pour cent ! En tant que fervent catholique, Dieu reste ma principale source de création et d’inspiration ! Mais pour qu’Il m’apporte son soutien, il faut d’abord travailler très, très dur.

Où habitez-vous ?
Je partage mon temps entre Gombe, le centre riche de Kinshasa, siège des institutions, et Gennevilliers, en banlieue parisienne. Mais j’ai grandi à cheval entre deux quartiers populaires, un peu ghetto, de la capitale congolaise : Bandal (Bandalungwa, ndlr), berceau de la rumba, et Kintambo, celui de la musique traditionnelle, deux styles qui ont guidé mes pas. À Paris, où réside ma famille, je vis tranquille. À l’exception de Château Rouge ou de gare du Nord (deux quartiers parisiens, où vivent et travaillent beaucoup d’Africains, ndlr), je m’y balade incognito, je passe crème ! À Kinshasa, c’est une autre histoire ! Je ne peux plus sortir sans être sollicité par mes fans, et ce, depuis mes débuts en 1999 dans le groupe Wenge Musica Maison Mère…

Vos fans se nomment les « spiritas »… Que signifie ce terme ?
C’était ainsi que l’on m’appelait. Ils ont repris ce surnom à leur compte. Un « spirita », c’est un esprit dur, fort, bien préparé, tant mentalement que spirituellement. Je suis ainsi : quelqu’un qui ne cède jamais, quelqu’un de courageux qui ose toujours, sans crainte d’échouer. Même quand ça ne fonctionne pas, je garde la foi !

Parmi tous les surnoms dont on vous affuble, comme Goga, lequel préférez-vous ?
J’aime particulièrement « Monsieur le Chanteur », qui célèbre ma voix, mon outil, mon instrument de travail, cultivé depuis mes quinze ans. Je l’entretiens au quotidien avec une bonne nutrition, un excellent repos, des exercices vocaux…

Après votre démission de Wenge Musica Maison Mère en 2015, vous avez lancé votre carrière solo de chanteur. Et voici votre troisième disque sous votre nom. Pourquoi s’intitule-t-il Le chemin de la gloire ?
Il y a, dans ce titre, l’idée de traverser de durs moments, des routes de pénombre, pour accéder à la lumière. Si tu persévères, si tu résistes dans les épreuves, tu gagnes forcément à chaque fois… Et à la fin, c’est la gloire ! C’est d’ailleurs ce que révèle la pochette de mon disque : un guerrier moderne, dans un terrain marécageux, désert, sans lumière, avec des montagnes, des vallées à traverser, avant l’étape finale, le graal… Moi-même, j’ai dû surmonter des périodes compliquées. J’ai été élevé par ma mère, commerçante, sans mon père, j’ai étudié dans la galère… Puis j’ai intégré, très jeune, le meilleur groupe de mon époque, où officiaient des chanteurs confirmés comme Ferre Gola ou Werrason. Je devais m’imposer, faire mes preuves ! Dans la vie, il faut croire en soi, ne jamais baisser les bras, travailler fort et cultiver la positivité !

C’est un peu le message que vous tâchez de transmettre à vos jeunes compatriotes ?
Je pense que tout jeune Congolais qui se lance dans un combat, dans une entreprise, quels qu’ils soient, doit s’investir, jusqu’à la dernière goutte de son front, la dernière goutte de son sang… Je suis contre la demi-mesure !

Vous sortez, une fois encore, un disque 100% rumba. Est-elle votre arme pour traverser ces épreuves et atteindre la gloire ?
La rumba, c’est toute ma vie, je lui dois tout, et je ne sais rien faire d’autre. Pour moi, c’est une musique qui impose la douceur, un son paisible, suave, d’union et de concorde, sur lequel danse tout un pays, voire deux (Congo-Kinshasa et Congo-Brazzaville). Et bien sûr, depuis ses pionniers – Joseph Kabasele, FrancoTabu Ley Rochereau… – elle a énormément évolué. Elle s’ouvre au monde, avec de nouveaux instruments, de nouveaux beats, des métissages… Et puis, dans cette vaste histoire, chacun apporte sa touche personnelle. En retour, la rumba influence le monde. À commencer par la France, avec tous ces rappeurs d’origine congolaise, Ninho, Gims ou SDM, qui placent des inspirations rumba dans leur hip hop…

Quels seraient, selon vous, les ingrédients d’une rumba réussie ?
La mélodie en premier, les nuances, les ambiances des guitares, le fond des claviers, les congas et le texte, bien sûr, qui doit être profond, travaillé, bien écrit…

Vous chantez en lingala et en français. Pourquoi ?
Le lingala, parce que c’est la langue que je maîtrise le mieux. Et le français, parce que Paris reste le centre de la musique congolaise, et que je dois à mes fans francophones de diffuser un message clair et compréhensible… D’ailleurs, par souci de qualité, j’ai enregistré ce disque dans trois institutions parisiennes : le studio de la Grande Armée, le studio Marcadet et un studio de la Porte des Lilas…

De quoi parlez-vous dans vos textes ?
Comme à mon habitude, je ne parle que d’amour. Et uniquement d’amour. Sauf dans Makambu ya monde, où je décris la situation, la réalité sociale de mon pays…

Vous vous sentez préoccupé par la situation sociale et politique du Congo ? Bien sûr. Ce qui se passe à l’est, l’agression des Congolais par le groupe rebelle M23, soutenu par le Rwanda, dans l’indifférence généralisée de la communauté internationale, reste infiniment problématique… La population, nos frères et sœurs à l’est, subissent une situation terrible, et cela se répercute à Kinshasa. Quand le bras souffre, tout le corps souffre ! Je ne devrais pas, je ne voudrais pas parler de politique, mais, sans être un activiste, je ne peux pas m’en empêcher… Le contexte me préoccupe dramatiquement.

Vous vous engagez au quotidien, par des actions concrètes au Congo ?
Moi et mon équipe aidons la population à la hauteur de nos moyens. Nous prenons en charge des jeunes qui étudient, nous dispensons des dons pour assister les vieillards, les toutes jeunes mamans dans les maternités… À notre mesure !

Vous êtes sur « le chemin de la gloire »… L’avez-vous atteinte ?
Je fais de la musique pour réussir, pour être reconnu, pour conquérir la gloire. Et pour l’instant, elle n’est pas encore suffisante. Je ne pense pas forcément à gagner davantage d’argent. Mais je désire que ma musique traverse les frontières, qu’elle se diffuse toujours plus loin.

Héritier Watanabe Le chemin de la gloire (Obouo Music / Because Music) 2024

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