ECO-CULTURE

Un nouveau livre de Mamadou Koumé documente la ”passion sénégalaise” pour la CAN

Le journaliste Mamadou Koumé propose, avec son livre “Les Lions et la CAN de football – Le roman d’une passion sénégalaise” (L’Harmattan-Sénégal, décembre 2025), une chronique documentée de l’histoire de la participation du Sénégal à la Coupe d’Afrique des nations, débutée il y a un peu plus de 60 ans, en 1965.

L’auteur revient sur les 17 participations à la phase finale de la plus grande sportive continentale, s’attachant à décrire le rapport des Sénégalais à cette biennale, fait “de sentiments mêlés de frustrations, de déceptions et de quelques moments de joie”, selon le mot du préfacier Magib Sène.

Un nouveau livre de Mamadou Koumé documente la ”passion sénégalaise” pour la CAN

“Aux frustrations des années 1960-1990, ont succédé des lueurs d’espoir depuis le début des années 2000”, écrit Magib Sène, relevant que “ce livre n’est pas seulement destiné aux amateurs de football, mais à tous ceux qui, à travers le parcours de l’équipe nationale, ressentent une connexion profonde avec le Sénégal”. “C’est aussi un hommage à ceux qui ont marqué de leur empreinte ce parcours”, ajoute-t-il.

L’intérêt précoce de Mamadou Koumé pour le football – suscité dans ses années d’adolescent à Ouakam, entre 1963 et 1968 – ajouté à “un choix de pratiquer le journalisme comme métier explique l’attention (qu’il a) toujours eu eue pour la CAN, depuis la première participation de l’équipe nationale à cette plus grande compétition sportive du continent”.

“Un souvenir est resté gravé dans ma mémoire et il remonte à la CAN 1965 où le Sénégal étrilla l’Éthiopie, 5 buts à 1”, raconte Koumé dans son avant-propos, se rappelant que lui et ses camarades de classe à l’école de Ouakam 2 ne perdirent “rien de ce match”. Il précise : “[…] notre classe était attenante au bureau du directeur, un passionné de football, et à chaque fois que les attaquants sénégalais trouvaient le chemin de buts éthiopiens, il venait toquer à la porte pour annoncer la nouvelle. Ainsi, il fit cinq allers-retours, de son bureau où il suivait le reportage à la radio à notre classe, pour nous tenir compte de l’évolution du score”.

Mamadou Koumé qui a eu “le privilège de couvrir la majorité des participations du Sénégal à la CAN (1990, 1992, 1994, 2000, 2002, 2004, 2006, 2015, 2017, 2019, 2021, 2023), souligne qu’en termes de résultats, la Coupe d’Afrique des nations a été “un chemin escarpé, constitué de plus de bas que de hauts pour le football sénégalais”.

“Les Sénégalais, joueurs, techniciens, dirigeants, fans et populations ont, depuis 1965, tant désiré le fameux trophée jusqu’à ce qu’il suscite en eux moult fantasmes. Cette compétition a été même un mélodrame en certains moments”, constate le journaliste, évoquant les “nombreuses années d’errance et d’anonymat après les participations initiatiques de 1965 et 1968”, auxquelles ont succédé “14 longues années” (1970-1984) pendant lesquelles les Lions ont été absents de la compétition.

Koumé note que “les choses vont évoluer à partir de la période où le football sénégalais pouvait faire appel sans limite à son élite expatriée”, même si, pour lui, de la CAN disputée en 1986 en Égypte jusqu’avant celle de 2000, “on peut considérer que ce fut une période de redécouverte d’une compétition dont le football sénégalais avait perdu les repères et la culture”.

“Pas étonnant que les CAN 1986, 1990 et, dans une certaine mesure, 1992, furent autant d’échecs pour une équipe nationale constituée majoritairement de joueurs aguerris et professionnels, mais qui n’avait pas les bons codes”, analyse l’auteur qui revient, en trois grands chapitres et des “prolongations”, sur cette participation sénégalaise à la CAN.

Entre les chapitres – “Le temps des pionniers et les années de galère (1965-1986)”, les “doutes et espoirs (1990-2015)”, “les années (Aliou) Cissé (2017-2023) – et les “prolongations” consacrées au “chemin de la gloire” vers le sacre de la CAN 2021, aux 28 champions d’Afrique, aux “héros sénégalais de la CAN”, aux sélectionneurs, entre autres, il y a des faits et des chiffres qui, souligne Magib Sène, “renforcent l’analyse de l’auteur sur le rôle joué par le football sénégalais dans cette épreuve sportive”.

C’est “la défense en ligne d’Asmara” (1968), “la série ininterrompue d’éliminations” (1970-1984), “l’ombre de Bocandé” (1985-1994), “CAN 1986 : de l’espoir à la désillusion”, “CAN 1992 : une contre-performance à domicile”…

“En parcourant le livre, ajoute Sène, on découvre ou redécouvre les visages et faits des joueurs, entraîneurs et dirigeants, acteurs de ces joutes. Ainsi y trouve-t-on la liste des sélectionnés pour toutes les CAN, tous les matches et tous les buteurs en phases finales”.

“Le parcours des Lions à la CAN peut également se lire à travers une série de figures marquantes incarnant chacune un jalon essentiel de cette trajectoire collective”, note Mamadou Koumé.

Ces figures sont toutes dans ce livre, précise Magib Sène, le préfacier : “[…] du trident représentatif des jeunes loups du football sénégalais, Louis Camara, Louis Gomis et Matar Niang de la première CAN en 1965, qui avait pris la relève des héros des Jeux de l’Amitié de Dakar de 1963, aux cadres actuels avec comme chef de file Sadio Mané, en passant par Jules Bocandé, leader de la formation des années 1980, et El Hadj Ousseynou Diouf, figure de proue de la génération du début des années 2000”.

Et dans la postface de cet ouvrage de 143 pages, l’ancien ministre Pape Abdoulaye Seck estime que l’ouvrage de Mamadou Koumé a accompli “l’improbable”, à savoir “densifier (chez lui) un amour du football (qu’il croyait) déjà porté à son zénith”.

“En le lisant, écrit-il, j’ai découvert bien plus qu’une chronique sportive : un véritable tableau vivant, peint avec rigueur.”

“Ce livre, au-delà de sa riche documentation, renvoie à une belle leçon de vie : un pêcheur ne doit jamais désespérer d’avoir, un jour, une belle prise”, résume Pape Abdoulaye Seck.